Coluber monspessulanus

Bour, Roger, Cheylan, Marc & Wandhammer, Marie-Dominique, 2017, Jean Hermann, l’holotype et le néotype de la Couleuvre de Montpellier, Coluber monspessulanus Hermann, 1804 (Reptilia, Squamata), Zoosystema 39 (2), pp. 273-284: 276-280

publication ID

http://doi.org/ 10.5252/z2017n2a6

publication LSID

lsid:zoobank.org:pub:urn:lsid:zoobank.org:pub:8E897878-13EB-4232-B026-9F242F59420F

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http://treatment.plazi.org/id/03C1EC25-FF98-FFE7-FCAE-FCE725F30184

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Coluber monspessulanus
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COLUBER MONSPESSULANUS  

La description originale de la Couleuvre de Montpellier, Coluber monspessulanus   , a été publiée en 1804 dans les Observationes zoologicae, l’ouvrage posthume édité par le gendre de Jean Hermann, Frédéric Hammer. Comme beaucoup d’autres taxons nominaux, son nom scientifique a eu de nombreux avatars, suivant les aléas de la systématique et de la nomenclature. Coluber monspessulanus Hermann, 1804   n’a guère été reconnu par les auteurs suivants, à l’exception notable de Merrem (1820), de Dugès (1835) et de Ranzani (1836), ces deux derniers ayant chacun écrit une monographie illustrée, rarement citée, sur la Couleuvre de Montpellier. L’espèce fut plus fréquemment nommée à partir de deux espèces nominales: Natrix lacertina Wagler, 1824   , déclarée par erreur originaire de Bahia au Brésil; ou Coluber insignitus Geoffroy   Saint- Hilaire, 1827, d’Égypte. Fitzinger (1826a, b) créa le premier un genre particulier pour cette espèce, Malpolon   , ainsi que la combinaison Malpolon lacertinus   ; cependant Natrix lacertina   n’a été désignée expressément comme type qu’en 1928, par Mertens & Müller (1828), Fitzinger ayant dès la description originale (1826a: 59) inclus une seconde espèce, Coluber purpurascens Gmelin, 1789   , dans le genre. C’est par erreur que Kelly et al. (2008) ont indiqué « Malpolon Fitzinger 1826   Type species Natrix lacertina Wagler, 1824   (= Coluber monspessulanus Herrmann   [sic], 1804 by original designation) ». En 1830, Wagler, tout en reconnaissant Malpolon Fitzinger, 1826   , établit le nouveau genre Coelopeltis   , qui comprenait lui aussi N. lacertina   (désignée comme type par Fitzinger 1843: celui-ci avait lors abandonné son genre Malpolon   ). Ranzani (1836) associa le premier Coelopeltis   à monspessulanus   . Parmi diverses combinaisons, relevons que Duméril, Bibron & Duméril (1854) adoptèrent le binomen Coelopeltis insignitus   , encore utilisé par Perrier (1924), mais Boulenger (1896), bien que reconnaissant le genre Malpolon   , reprit le binomen Coelopeltis monspessulanus   . Ce n’est qu’en 1928 que Mertens & Müller rétablirent la priorité par antériorité de ce genre et désignèrent la Couleuvre de Montpellier sous le nom de Malpolon monspessulanus ( Hermann, 1804)   ; ce binomen constitue depuis son nom scientifique. Les mêmes auteurs donnent comme localité type ( terra typica   par inférence; terra typica restricta   selon eux): « Montpellier, Süd-Frankreich ».

Le nom de Malpolon   apparaît dans Ray (1693: 331) puis dans Seba (1735: 52, 56, 107), où il désigne une couleuvre indéterminée de Ceylan. Daubenton (1784: 650) et Lacepède (1789: 216) l’ont francisé en Malpole et Daudin (1803: 98) a attribué au Malpole, « une couleuvre innocente et assez jolie », le nom de Coluber malpolon   . Ces trois derniers auteurs l’ont identifié comme étant le Coluber sibilans Linnaeus, 1758   , aujourd’hui Psammophis sibilans   , espèce africaine à vaste répartition.Cependant, tout en créant le genre Malpolon, Fitzinger (1826a   , b) souligna que N. lacertina   , espèce incluse, était distincte de C. sibilans   , ce dernier étant exclu du nouveau genre; Fitzinger donna à Malpolon   le genre grammatical masculin ( Malpolon lacertinus   ). Peut-être parce qu’ils attribuaient à Malpolon   une étymologie tirée du grec (quoiqu’en grec un mot terminé par « on » peut être féminin, masculin ou neutre), Lantz (1932) et plusieurs auteurs subséquents l’ont utilisé au neutre, Malpolon monspessulanum   , certains usant indifféremment du masculin et du neutre ( Herrera et al. 2015); d’autres ont mis Malpolon   au féminin, Malpolon monspessulana   , comme Angel (1942) et Postel (1968). Le nom Malpolon   est absent des dictionnaires grecs, et l’origine en demeure inconnue: il n’y a pas de raison valable pour modifier le choix du masculin par Fitzinger. En revanche, on sait que Wagler (1830) a forgé Coelopeltis   à partir du grec: Koilos, cavité, et Pelti, bouclier, en raison des petites dépressions longitudinales des écailles dorsales; Coelopeltis   est également de genre grammatical masculin.

La description originale en latin ( Fig. 1 View FIG ), publiée d’après les notes de Jean Hermann, s’apparente plutôt, par sa brièveté, à une diagnose; nous en donnons une traduction libre:

«Couleuvre de Montpellier. De nous.

256 rangées d’écailles en dessous, soit 174 ventrales et 82 sous-caudales.

Dents présentes en haut et en bas. Pas de crochets venimeux. Gris cendré, avec des taches noires. Grandes écailles [probablement ventrales] marquées de noir, en nuage. Longueur de deux pieds et demi. Queue neuf pouces. Épaisse d’environ un pouce.

D. Roubioux l’a expédiée de Montpellier l’An VI de la République.»

D. Roubioux correspond sans aucun doute au D[octor] Roubioux, bien que l’abréviation latine classique pour un médecin soit M.D., Medicinae Doctor; toutefois, comme nous le verrons plus loin, Hermann a aussi écrit « Dr Rubio »; médecin lui-même, il ajoutait soit « D. » soit « M.D. » (plus tard « Prof. ») après sa signature. Mons-Pessulanus, ou Monspelius (Monspelio à l’ablatif), est le nom latin de Montpellier. Le registre manuscrit des collections d’Hermann, déposé aux Archives de la ville de Strasbourg, ajoute seulement, au folio 704 ( Fig. 2 View FIG ), que le spécimen est « emp. », c’est-à-dire empaillé (naturalisé), donc non conservé en alcool, et précise « Dr Roubioux ».

Les valeurs relevées pour le décompte des écailles ventrales (gastrostèges) et sous-caudales (urostèges), 174 et 82 respectivement, sont en accord avec celles reconnues chez cette espèce. À partir de quatre individus, Dugès (1835) avait compté 172 à 176 plaques ventrales, et 82 à 88 rangs de sous-caudales (qui sont disposées par paires). Avec un échantillonnage de 33 spécimens, Boulenger (1896: 142), recopié par tous les auteurs subséquents, a étendu ces variations, avec 160 à 189 ventrales et 68 à 102 sous-caudales. Le spécimen type est proche du milieu de l’intervalle de variation pour les deux valeurs.Toutefois les comptages devraient être refaits car la taxinomie actuelle distingue M. monspessulanus ( Hermann, 1804)   de M. insignitus (I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1827)   , ce qui n’était pas le cas lorsque Boulenger a rédigé son travail: plus des deux tiers des spécimens examinés étaient des M. insignitus   . Plus récemment, Geniez et al. (2006) ont trouvé un nombre de ventrales compris entre 171 et 199 en examinant 50 individus du Maroc. Quant aux dimensions données par Hermann, elles ont été prises en pieds et pouces français (pouce de 27 mm). Les mesures donnent pour la longueur 30 pouces soit 81,0 cm, plus pour la queue 9 pouces soit 24,3 cm. La première longueur mesurée n’inclut pas la portion caudale: le serpent examiné mesurait à peu près 105 cm, la queue comptant pour 23 % de ce total. La queue n’atteint chez cette espèce que moins du quart de la longueur totale, le plus souvent 20 ± 1 %, chez les mâles et les femelles, selon une communication de C. De Haan à Geniez & Cheylan (2012).

Hermann (1804) a mentionné plusieurs fois le donateur de Montpellier: en effet, son nom apparaît (p. 257) dans les descriptions de Lacerta occitanica « Duo   specimina Monspelio missa Ao. VI. Reip. (1797.) a D. Rubione » et de Lacerta prasina   , « Haec descriptio facta ad exemplar quod Dr. Rubio misit Monspelio », et (p. 282) dans la description de Coluber parias « Accepi Ao. VI. Reip.   (1798.) a Roubione Monspessulano ». Lacerta occitanica   est considérée comme étant synonyme de Lacerta lepida Daudin, 1802   , le Lézard ocellé, Lacerta prasina   comme synonyme de Lacerta bilineata Daudin, 1802   , le Lézard vert occidental (voir par exemple Mertens & Wermuth 1960). L’identité de Coluber parias   demeure douteuse, d’autant plus que le spécimen est probablement perdu. Selon Merrem (1820, 1821), il s’agit d’un synonyme subjectif de Coluber margaritaceus Donndorf, 1798   , lui-même synonyme subjectif de Coluber cana Linnaeus, 1758   , actuellement Pseudaspis cana   , espèce d’Afrique orientale et australe. Les quelques caractères relevés par Hermann pourraient correspondre à l’espèce actuellement nommée Coronella girondica ( Daudin, 1803)   , qui elle est bien présente dans la région de Montpellier. Il est évident que Roubioux, Roubion, Rubion, Rubio ne font qu’un: même lieu, même date d’envoi (An VI de la République). Il s’agit d’erreurs de copie d’Hermann luimême, ou d’Hammer.

Roubioux n’existe pas en tant que patronyme, mais nous avons pu identifier ce correspondant: c’était comme Hermann un médecin naturaliste, Guillaume Joseph Roubieu, né à Montpellier le 11 octobre 1757, mort dans cette ville le 11 septembre 1834 (Guillaume Joseph Roubieu sur les actes de baptême et de mariage, Joseph Guillaume sur celui de décès; une notice biographique concernant Roubieu a été rédigée en 1843 par un autre médecin naturaliste, Alfred Moquin-Tandon 1843). Cette identification est confirmée par Lauth (1801), qui mentionne Roubieu parmi les correspondants d’Hermann. Roubieu a lui-même décrit une espèce de lézard, Anguis gamma Roubieu, 1825   , considéré aujourd’hui comme un synonyme subjectif d’ Anguis fragilis Linnaeus, 1758   , l’orvet ( Mertens & Wermuth 1960: 86). Le texte de la description originale n’indique pas expressément que la couleuvre provenait de Montpellier même: c’est Roubieu qui était de Montpellier et qui l’avait envoyée de Montpellier. Toutefois, Hermann l’a nommée (en latin) Couleuvre de Montpellier, et c’est le nom commun qui lui est actuellement donné en français, ainsi qu’en anglais: Montpellier Snake.

Dix individus attribués à cette espèce sont enregistrés dans les collections du Musée zoologique de la ville de Strasbourg, tous conservés en alcool. À l’exception d’un seul (no. MZS Oph1331), originaire du « Levante » (région de Valence, en Espagne), ce sont des individus de l’espèce vicariante Malpolon insignitus (Geoffroy Saint-Hilaire, 1827)   . Pourtant l’un d’entre eux (no. MZS Oph526) porte sur le catalogue actuel les mentions « Type (?) » et « don: Dr Roubioux ». L’origine géographique est « Dalmatien » (Dalmatie, Croatie). Le décompte des plaques ventrales et sous-caudales est de 171 et de 83 rangées, respectivement. Au milieu du corps on peut compter 19 rangées d’écailles dorsales. La longueur du corps sans la queue est de 86,0 cm, celle de la queue de 29,9 cm: la longueur totale est donc de 115,9 cm, supérieure d’environ 10 % à celle du type. Il ne peut donc s’agir du spécimen examiné et décrit par Hermann. La présence d’une tache rectangulaire de couleur beige se détachant bien sur le fond sombre de l’écaille préoculaire, caractère d’identification relevé par Geniez et al. (2006), contribuerait à confirmer l’origine dalmate du spécimen et l’attribution à l’espèce Malpolon insignitus (Geoffroy Saint-Hilaire, 1827)   , si en Dalmatie comme aux Balkans et en Asie Mineure jusqu’en Iran, son nombre de rangées de dorsales au milieu du corps n’était pas très régulièrement 17 (sous-espèce M. i. fuscus (Fleischmann, 1831)), au lieu du 19 quasi stable de la Syrie jusqu’au Maroc (sous-espèce M. i. insignitus (Geoffroy, 1827))   . Les données erronées ont été ajoutées bien postérieurement à la description originale. Le spécimen unique ayant servi à cette description originale de Coluber monspessulanus   par Hermann, donc l’holotype de l’espèce, est considéré comme perdu. Il est vraisemblable que son état de spécimen « empaillé » ait accéléré sa dégradation, et que ses vestiges aient été finalement détruits.

À notre connaissance, aucun scientifique ne s’est vraiment intéressé à ce spécimen type. Antoine Dugès (1835), qui connaissait la publication d’Hermann (1804), y a fait allusion: « […] il paraît que c’est à un individu médiocre et peut-être altéré de cette espèce que Hermann a donné le nom de Coluber monspessulanus   ». Médiocre peut signifier de taille moyenne, mais qu’entendait Dugès par altéré? Savait-il que le spécimen était déjà en mauvais état? Beaucoup plus tard, par erreur, Renault (2000) a écrit: « Comme son nom l’indique, il [le plus grand serpent européen] a été découvert pour la première fois à Montpellier, par le zoologue allemand [sic] Hermann en 1804 [sic] ». Toujours par erreur, The Reptile Database ( Uetz 2016) indique « Holotype: MNHN » (Muséum national d’Histoire naturelle, Paris).Tout récemment, Wallach et al. (2014) ont tenté de préciser l’identité de cet holotype, mais à partir de la description originale, sans consulter la collection d’Hermann à Strasbourg. Ce qui a entraîné quelques autres inexactitudes:

« Type: Holotype, not designated, MZUS, a 762 mm specimen (D. Roubioux, 1798).  

Type locality: “Monspelio” [=? Alsace, France]. Restricted to Montpellier, S France fide Mertens & Müller (1928: 51).»

Cette longueur (totale) de 762 mm a été obtenue en prenant seulement en compte 30 pouces (longueur du corps sans la queue) et en utilisant le pouce anglais de 25,4 mm. Nous ne nous étendons pas sur cet énigmatique Monspelio, qui serait peut-être situé en Alsace – la patrie d’Hermann!

MZUS

Musee de Zoologie de l'Universite de Strasbourg

Kingdom

Animalia

Phylum

Chordata

Class

Reptilia

Order

Squamata

Family

Colubridae

Genus

Coluber